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Le Monde d'Ida
édition du mardi 7 septembre 2010.
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- Gazette Sensuelle et Consensuelle -
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Dans la cage : "Mes vingt heures de garde-à-vue
9 octobre 2005 Je respire, je marche dans la rue, j’inspire à grandes bouffées l’air pollué de Paris. J'éprouve une joie inhabituelle.
Après vingt heures de cage, le moindre instant de liberté a une saveur particulière.
Il y a quelques minutes à peine, je signais un registre indiquant : déposition : Trente minutes, le reste : "Repos". Repos ! Loin d’être reposé, j’étais fatigué physiquement et nerveusement, sale et barbu.
Depuis la veille, la sape avait commencé.
21h30
"Pas de garde à vue". Puis, "Bien sûr de la garde à vue... Jusqu’à neuf heures."
Menotté à un banc, j’attends mon tour de Fouille.
Ca y est, la porte s’ouvre, détaché, je regarde le couloir des cellules éclairé au néon blafard. Le type avec des gants me suit, son collègue aussi. "Enlève ton pantalon, tes chaussettes, ton t-shirt" puis avec un sourire à son collègue, il dit d’un air content : "c’est la première fois, tu n’aura pas à baisser ton caleçon."
"Rentre là dedans"
Là, c’est un réduit de 9m² fermé par une grille avec des carreaux de plexiglas épais.
A l’intérieur, une couverture sur le sol, une planche étroite sert de banc.
Deux chinois dorment par terre, mon dealer est assis sur le banc. La lueur agressive d’un néon vient percuter la scène. C’est petit, sale et les murs sont jaune pisseux. Une forte odeur de pieds imprègne l’espace.
Je ne vais pas bien dormir.
Un grand noir est introduit. Il n'a pas son permis sur lui. Pour lui aussi, dans ce commissariat, c’est la nuit en cage.
Une présence massive qui bientôt va s’échouer à côté des chinois. Un rouleau compresseur qui menace leurs frêles carcasses. Des ronflements sonores.
J’écoute l’autre me parler. Je ne mesure plus le temps. Je regarde la porte : JE SUIS PRISONNIER !
Je guette chaque bruit que laisse échapper l’accueil, plus il y a de monde, plus c’est le matin.
Un poivrot est amené, direction la cellule individuelle "ça pue la merde" lance la flic qui l’accompagne et l’abandonne dans son réduit nauséabond. Un peu d’animation, alors qu’assis j’alterne entre somnolence basse et haute. Il n’y a qu’à attendre.
8h30
Du mouvement, c’est l’annonce du petit déjeuner. Deux galettes bretonnes et du jus d’orange en brique. J’attends, je vais sortir. Les minutes passent lentement et la sortie n’arrive pas.
Les chinois réveillés parlent incompréhensiblement et fort. La chinoise de la cage d’à côté répond tout aussi bruyamment. On les fait sortir dans la matinée, je les vois menottés à un banc à travers la porte du hall entrouverte. Un courant d’air atténue l’odeur et la chaleur ; on peut apercevoir une horloge murale.
Le dealer frappe sur le plexiglas, de plus en plus fort. "Chef de poste ! chef de poste !" Un premier flic finit par arriver, pas content. "C’est quoi ce boucan ?!" "Les chaussettes pourries dans le coin... c’est possible de les sortir ?" De l'autre côté de la grille, il jette un oeil à la poubelle. Il nous laisse. Le dealer frappe de plus en plus. Le chef de poste arrive, nous laisse enlever l’infâme chiffon, et nous permet de sortir le temps d'une cigarette. Je passe en second. Dans le hall, sur un banc, du soleil une clope à longues bouffées. Jusqu’au filtre puis me faire oublier pour rester le plus longtemps à l’air et à la lumière. Retour en cage, moins d’odeur. Quelques instants où tout ceci semble supportable. Je vais sortir quand ? Je refuse le déjeuner. Je me lève, fais quelques pas, regarde l’horloge. Je me lève, quelques pas, l’horloge. Cinq minutes par cinq minutes, rien ne se passe. Je tourne en rond. Le dealer s’énerve aussi et tourne dans l’absence d’espace.
J’en ai marre, qu’est ce que je fais ici.
Finalement le dealer part en perquisition. Je reste seul, j’en ai marre, je suis fatigué, pourquoi si longtemps, le temps n’avance pas, il stagne. Je panique, je veux sortir, merde, putain, personne ne vient ! Je commence à chialer, je m’allonge et tente de me calmer.
17h 00 à peu près
Le dealer revient, je suis à peine serein.
C’est bientôt terminé, on m’attend dehors. L’OPJ me dit encore une heure. Je me lève, marche, l’horloge ; 17h23, 25, 50 encore 10 minutes. 18h, rien, cela ne terminera donc jamais, je me suis tellement imaginé dehors. 18h 05, 07….18h 30, la porte s’ouvre. Je signe le registre, récupère ma fouille. Je tente un peu d’humour avant de sortir, tout le monde s’en fout.
Je sors du commissariat. Oisel Banana | |
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Pour mieux respecter l'environnement, "Le Monde d'Ida" est imprimé sur du papier numérique recyclé.
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