C’est une œuvre de Christian de Portzamparc qui fut ma première
révélation architecturale: il s’agissait des «Hautes Formes», une de
ses réalisations de jeunesse déterminante pour sa carrière et les idées
qu’il développera. Elles s’élevaient à côté de mon université et j’en
voyais le sommet depuis ma salle de cours: quatre fenêtres s’ouvraient
sur le ciel, on aurait dit que Salvador Dali était passé par là. Les
«Hautes Formes» sont constituées de plusieurs petits immeubles de
logements, agencés sur un îlot traversé par une rue et ponctué par une
place. Construites à la fin des années 1970, cet îlot s’opposaient aux
blocs massifs, tours et barres, représentatifs de l’architecture
fonctionnaliste et austère de l’époque.
Aujourd’hui, l’architecte poursuit une belle carrière en Europe, en
Asie et en Amérique du Sud et du Nord. Il a notamment construit les
logements Nexus à Fukuoka, Japon (1991), la Cité de la Musique à Paris
(1995), la tour LVMH à New York (1999), l’Ambassade de France à Berlin
(2003) et le Philarmonique du Luxembourg (2005). Ses principaux
projets en cours sont la salle de concert de Rio de Janeiro et le plan
masse du quartier Logistic Port, d’une surface de 1 km2, à Pékin.
Christian de Portzamparc a reçu le Pritzker Prize (la plus reconnue des
distinctions en architecture) en 1994. Ce printemps, le Collège de
France, grande institution française dédiée à l’enseignement et à la
recherche, lui a proposé la chaire de création artistique:
l’architecte y dispense onze leçons intitulées «Architectures:
figures du monde, figures du temps». Survol des notions abordées:
Densité: «Elle est vécue différemment en fonction des formes
architecturales. Un quartier peut être ressenti de façon dense et
oppressante, parce que l’agencement des immeubles et leur typologie
sont mal aimés. C’est le cas des cités dans les banlieues françaises.
Dans un quartier de centre ville, au contraire, où les rues irriguent
un tissu urbain rythmé d’immeubles de logements, de commerces, de
squares, de cafés, la densité atteint des niveaux élevés sans que les
habitants n’en souffrent. Un des rôles de l’architecte est d’affaiblir
la sensation de densité dans des environnements très peuplés. Pour
cela, les formes architecturales, tout en répondant précisément au
programme, doivent être variées d’un immeuble à l’autre, les volumes
architecturaux doivent se répondre en un jeu de pleins et de vides.
L’absence de répétition (des mêmes formes, matériaux, hauteurs,
couleurs…) qui en résulte est la clé d’un environnement attractif,
d’une atmosphère vivante. Manhattan est pour moi la ville modèle:
dense, haute et architecturalement diverse, elle attire toujours
plus…»
Georges Candilis et la rue: «Mon professeur d’architecture, à l’Ecole
de Beaux-Arts de Paris, était le grec Georges Candilis. Il prônait le
retour de la rue que Le Corbusier et les modernes avaient banni au
profit de vastes espaces publics aléatoires.» Portzamparc suit la même
voie: «En créant une rue traversant les «Hautes Formes»,
j’ai pu
mettre en réseau les différents morceaux de ville, les habitants, les
passants. La rue est un espace de rencontre, de convivialité et de
liaison. »
Le terrain: «L’architecture est ancrée dans un lieu qui, à notre
époque où il n’y a pas de grande doctrine architecturale, peut inspirer
la forme du bâtiment, expliquer la démarche créatrice de l’architecte,
justifier le choix de certains matériaux. J’aime que mes constructions
deviennent des repères dans le paysage urbain.»
Parcours: «L’architecture s’appréhende par le mouvement à travers
l’espace. Parfois, le parcours désiré peut venir ordonner le plan du
bâtiment et ses formes. Ce parcours est le support de la découverte
d’une architecture dans le temps, il est pensé en séquences.»
Comme au cinéma… «Le cinéma dilate le temps ou le réduit.
L’architecture fait de même avec l’espace: elle sait jouer avec les
perceptions des utilisateurs, leur donner l’impression d’un espace
serré ou au contraire d’un espace vaste, indépendamment de l’échelle
réelle des espaces, et cela par l’organisation des volumes, le choix
des couleurs et des matériaux, le jeu des proportions. Le cinéma est
une forme de perception du monde, et comme lui, l’architecture donne à
percevoir des espaces, des atmosphères.»
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