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Le Monde d'Ida
édition du vendredi 16 mai 2008.
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- Gazette Sensuelle et Consensuelle -
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Chute de tension
1970-01-01  Avouons le, le titre de ce billet n'a qu'un rapport assez lointain avec cette photo prise en décembre dernier à Erbalunga, à quelques kilomètres au Nord de Bastia, en Corse. Ce jour là, il y avait une petite tempête de libecciu (le vent violent local du Cap Corse) avec des rafales à 130km/h dans le secteur. Dans ce cas là, les baisses de tension sont fréquentes et il y a même de trop nombreuses coupures d'électricité. Voici donc pour l'explication alambiquée qui justifie, autrement que par la simple pulsion esthétique, la présence de cette photo sur ce billet. Si je voulais filer la métaphore, je pourrais dire que la décision ferme de mon départ pour le Grand Sud a eu l'effet d'une violente tempête de libecciu sur moi, et que depuis, en quelque sorte, mon courant est coupé. Je n'ai plus envie de grand chose, je ressens un grand vide. Après avoir tant espéré, pensé, imaginé ce but d'abord lointain dont je n'ai cessé par la suite de me rapprocher patiemment, j'ai été désorienté par le verdict. Cela fait ainsi quelques jours, quelques semaines que je suis dans un drôle d'état, je ne sais plus trop où j'habite, suis-je encore parisien ? Corse ? Toulousain ? Adélien ? De même que la réussite au concours d'entrée à l'Ecole de la Météorologie m'avait complètement déstabilisé en juillet 2005, je me retrouve un peu démuni, mon objectif a disparu, il m'a quitté sans bruit. Pourquoi me lever encore le matin ? Pourquoi se battre ? Il me faudra encore sans doute quelque temps pour me remettre complètement de tout cela, de même qu'il m'avait fallu un petit mois à l'été 2005 pour digérer ce changement d'état. L'état ensommeillé qui me caractérise ces derniers temps traduit peut être un désir d'éternation (néologisme construit à la manière du mot hibernation, plus classique !), me plonger dans un grand sommeil de plusieurs mois jusqu'au retour de l'hiver et le grand moment du départ. Alors bien sûr j'ai déjà eu quelques occasions d'arroser cette grande décision qui m'ont distrait temporairement. Mais cet état est étrange, je plane en quelque sorte en permanence. Malgré mon ardent désir de partir, je n'ai pas l'impression que le temps passe particulièrement lentement. Je suis désarçonné parce que d'acteur de ma vie, j'ai l'impression de passer dans le camp des spectateurs. Au seul spectacle de sa propre existence, il faut reconnaître qu'il ne se passe pas grand chose. C'est typiquement dans l'état où je me trouve que l'appel de la solitude, de la sereine solitude, se fait pressant. Comme j'aimerais pouvoir m'évader dans notre belle maison corse pendant quelques semaines, à observer simplement le ballet enivrant du printemps, loin du grouillement de la ville qui me renvoie à mon inaction du moment. En tout cas, la chute de tension est là, je me sens vidé d'une partie de mon énergie, peut être est-ce lié au réchauffement subit de notre printemps parisien qui m'invite à la longue sieste de l'esprit. Mais toutes les perspectives qui s'offrent à moi sont excellentes : je pars dans quelques jours découvrir New York. Ce n'est certes pas là la meilleure façon de se libérer du grouillement de la ville, mais il est probablement plus facile de supporter sa passivité en se laissant distraire par un environnement complètement nouveau. Enfin, je mesure bien là que je fais partie des privilégiés, j'ai des "problèmes" avec des solutions de riches. Je suis spectateur parce que j'ai la chance de pouvoir passer à ma guise d'un côté ou l'autre de l'écran. Beaucoup sont acteurs permanents par nécessité, subissent et absorbent une tension qu'il n'ont pas choisie, jouent un rôle dont ils ne savent pas se délivrer. Problèmes de pauvres, solutions de riches : équation complexe. Néanmoins, est-ce si enviable d'avoir loisir de contempler son oisiveté ? Peut être suis-je encore spectateur à ce jour faute d'avoir trouvé un nouveau rôle ? Beaucoup de questions, trop de questions certainement. L'avantage quand on dort, c'est le repos de l'esprit, l'évasion du monde de l'éveil. Je n'ai jamais autant aimé dormir qu'en ce moment. Je traverse les journées endormi, bercé par la douce sérénité de mes nuits. Quand me réveillerai-je ? Faut-il me réveiller ? Afin de ne pas finir sur des interrogations, je conclurais en supposant qu'il y a un temps pour tout et que l'esprit après avoir longtemps et ardemment veillé, a droit lui aussi à sa phase de sommeil. François Gourand
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