8h30
Du mouvement, c’est l’annonce du petit déjeuner. Deux galettes bretonnes et du jus d’orange en brique. J’attends, je vais sortir. Les minutes passent lentement et la sortie n’arrive pas.
Les chinois réveillés parlent incompréhensiblement et fort. La chinoise de la cage d’à côté répond tout aussi bruyamment. On les fait sortir dans la matinée, je les vois menottés à un banc à travers la porte du hall entrouverte. Un courant d’air atténue l’odeur et la chaleur ; on peut apercevoir une horloge murale.
Le dealer frappe sur le plexiglas, de plus en plus fort. "Chef de poste ! chef de poste !" Un premier flic finit par arriver, pas content. "C’est quoi ce boucan ?!" "Les chaussettes pourries dans le coin... c’est possible de les sortir ?" De l'autre côté de la grille, il jette un oeil à la poubelle. Il nous laisse. Le dealer frappe de plus en plus. Le chef de poste arrive, nous laisse enlever l’infâme chiffon, et nous permet de sortir le temps d'une cigarette. Je passe en second. Dans le hall, sur un banc, du soleil une clope à longues bouffées. Jusqu’au filtre puis me faire oublier pour rester le plus longtemps à l’air et à la lumière. Retour en cage, moins d’odeur. Quelques instants où tout ceci semble supportable. Je vais sortir quand ? Je refuse le déjeuner. Je me lève, fais quelques pas, regarde l’horloge. Je me lève, quelques pas, l’horloge. Cinq minutes par cinq minutes, rien ne se passe. Je tourne en rond. Le dealer s’énerve aussi et tourne dans l’absence d’espace.
J’en ai marre, qu’est ce que je fais ici.
Finalement le dealer part en perquisition. Je reste seul, j’en ai marre, je suis fatigué, pourquoi si longtemps, le temps n’avance pas, il stagne. Je panique, je veux sortir, merde, putain, personne ne vient ! Je commence à chialer, je m’allonge et tente de me calmer.
17h 00 à peu près
Le dealer revient, je suis à peine serein.
C’est bientôt terminé, on m’attend dehors. L’OPJ me dit encore une heure. Je me lève, marche, l’horloge ; 17h23, 25, 50 encore 10 minutes. 18h, rien, cela ne terminera donc jamais, je me suis tellement imaginé dehors. 18h 05, 07….18h 30, la porte s’ouvre. Je signe le registre, récupère ma fouille. Je tente un peu d’humour avant de sortir, tout le monde s’en fout.
Je sors du commissariat.