Jusqu'à présent, je n'ai pas trop osé m'exprimer sur ce(s) sujet(s) dans le cadre du Monde d'Ida. Difficile de dire pourquoi. Peut-être me semble-t-il qu'en tant que responsable (parmi d'autres) de son contenu éditorial, ma vocation n'est pas de tenter absurdement de faire montre de ce que d'aucuns, pour des raisons estimables, seraient en droit de qualifier de "propagande". Structurellement, Le Monde d'Ida doit permettre à tout un chacun d'exprimer sa vision.
En soi, le programme de l'UMP, son modèle économique très USA/UK/post-moderne/ultra-liberal/etc... doit être considéré, entendu, critiqué, mis en perspective et respecté. Le bon sens et le réalisme de ces idées, perçus comme incontestables par leurs supporters, ne méritent pas le mépris que ceux-là même affichent à l'égard des pensées autres, qu'elles soient plus modérées ou bien alternatives. D'ailleurs, aujourd'hui, pour reprendre Jacques Attali, le débat ne consiste plus réellement en un affrontement "gauche/droite", mais bien en un rapport "pouvoir économique/pouvoir de l'Etat". De surcroît, la question de "l'identité française" et de l'immigration, à l'heure des perspectives européennes et des mondialisations culturelles et économiques, sans manquer d'intérêt, ne devrait pas avoir sa place dans la campagne électorale, si ce n'est pour des raisons strictement démagogiques. Je pense que chacun en a conscience.
Ainsi, l'objet de ces lignes, n'est pas intrinsèquement mon opposition radicale au modèle économique et politique prôné par l'UMP : Il ne s'agit pas, par exemple, de mettre en exergue l'échec cuisant et dramatique des privatisations des services publiques de l'énergie (Californie) ou des transports publiques (Royaume Uni). Il ne s'agit pas même de rappeller que le taux de pauvreté est de 24% en Angleterre contre 12% en France ou de pointer les jérémiades déchirantes de nos "jeunes diplômés" qui doivent fuir une France "sclérosée" pour voir leur travail enfin respecté outre-Manche ou outre-Atlantique alors même que les quatres cinquièmes de la population mondiale crèvent de faim ou de guerre dans l'indifférence médiatique, voire la lassitude du public. Non. Ce serait bien trop caricatural, et, à cette heure, bien trop tard.
Sous une forme ou sous une autre, la "modernisation" arrive enfin. La réforme doit avoir lieu. C'est entendu.
Moi, je veux vous parler de Nicolas Sarkozy. Je veux (c'est très Sarkozy, de commencer toutes ses phrases par Je + veux) vous rappeller que le poste de président de la République française, de toutes les démocraties occidentales, est largement le plus puissant. C'est le poste qui offre le plus de pouvoirs (législatif via le 49.3, feu nucléaire, nominations en tous genres) et le plus de protections (Premier Ministre-fusible, dissolution du parlement, impossibilité d'impeachment et j'en passe). Je veux rappeler qu'il a, aux yeux de tous et de façon pleinement assumée, "eu la tête" du patron de Paris Match pour une photo volée, alors qu'il mettait en scène, sciemment, sa vie privée depuis 2002. Fort de cet exploit, il a usé de ses "amitiés" avec certains des plus grands patrons de médias français pour intimider les rédactions : au mieux les réduire au silence (voir le naufrage journalistique de Libération), au pire en faire ses obligés (même les sarkozistes les plus enthousiastes ont ressenti une gêne certaine à voir leur chouchou exploser, en 5 ans, tous les records de présence à l'écran, à la radio ou en Une des journaux et magazine). A ceux qui disent qu'il "a su occuper le champ médiatique avec talent", je pose une question : Pensez-vous vraiment que les autres ministres/députés/hommes politiques de tout genre seraient à ce point archaïques, modestes ou maladroits pour ne pas eux-aussi mettre en scène leur action ou formuler de cinglantes petites phrases ? Sarkozy n'a pas réinventé la communication politique. La fascination qu'il génère, pour citer Jean-François Kahn, est celle du lapin pour le boa : Il a osé, il ose encore, présenter le discours du FN sans en changer une virgule, avec l'assentiment d'un ex-parti gaulliste (on croit rêver) : La France, tu l'aimes ou tu la quittes etc... La surexposition de Sarkozy n'a rien à voir avec sa rhétorique de petit avocat d'affaire, elle a tout à voir avec son influence.
L'influence : Parlons-en. Parlons encore, avant qu'il ne devienne président, de ces sérieux soupçons de "recel d’abus de bien sociaux et trafic d’influence" à la mairie de Neuilly qui auraient suffit, tant ils sont plausibles, évidents, à démolir la carrière de n'importe quel candidat dans n'importe quelle démocratie digne de ce nom. Imaginons l'ouverture du 20h de TF1 si Ségolène Royal ou François Bayrou étaient accusés du quart de tiers de la même chose... Imaginons l'ouverture du 20h, les éditos, les chroniques, les sondages, si Ségolène Royal avait été ministre de l'Intérieur alors que la gare du Nord s'enflammait... Et pour finir avec humour, imaginons que Bayrou ait déclaré qu'il fallait refuser les "amalgames" entre les sectes et les "nouveaux mouvements spirituels" à propos de la scientologie, ce "nouveau mouvement spirituel" dont la dissolution est préconisée par la très officielle MILS (Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes) et dont voici un résumé de la pensée (accrochez-vous) :
La scientologie prend sa source dans un passé très lointain, alors que notre univers était organisé en une confédération galactique sur laquelle régnait l’empereur Xenu. Habitées par les Thétans (de purs esprits), les 76 planètes de l’empire étaient surpeuplées. Xenu a donc décidé d’adopter une solution radicale en exterminant une partie de sa population.
Après avoir capturé et drogué les malheureux Thétans (ce que les scientologues appellent « incident 1 ») Xenu les a envoyé Terre et les a fait exploser dans des volcans (« incident 2 »). Problème, en faisant exploser ces individus, Xenu a libéré leurs âmes, qui se sont éparpillées sur la surface de la Terre.
Pour faire un peu de ménage, Xenu a donc installé une sorte de filet électronique pour regrouper les Thétans en paquets ou « clusters ». Chaque cluster a ensuite été soumis à un lavage de cerveau de 36 jours passés à regarder un film spécial en relief visant à implanter une vision fausse du monde (c’est de là que viennent les grandes religions) et à faire oublier la tuerie initiale. Les clusters rejoignirent ensuite des grandes usines de soudage et se collèrent sur des enveloppes physiques. Ainsi naquit l’humanité.
Sauf qu’avec ce traumatisme initial, qui se transmet de façon héréditaire, inutile de dire que l’être humain part avec un certain nombre de psychoses implantées dans son cerveau : c’est ce que Ron Hubbard, le père fondateur de la Scientologie, appelle l’esprit réactif.
Pour les êtres humains les moins atteints, la guérison est possible… c’est ce que se propose de faire la Scientologie, sur la base de traitements chocs et d’une initiation à la doctrine de Ron Hubbard facturée 2 millions d’euros en moyenne. Se considérant comme la seule véritable thérapie, la Scientologie émet de vives critiques à l’égard des psychiatres et des psychologues qui utiliseraient leur position pour abuser sexuellement de leurs patients.
Pour les autres, qualifiés de « mentaux réactifs », la guérison est impossible. C’est malheureusement le cas des homosexuels, des pédophiles, des suicidaires et de tous les malades mentaux du même genre. En bonne doctrine scientologique, la meilleure solution pour ces individus, c’est d’empêcher qu’ils se reproduisent. Comme l’explique le gourou Hubbard : « Les mariages réactifs mènent la spirale descendante, laquelle est faite de malheur, de restimulations chroniques et d’échecs et finit inévitablement par la mort. Un jour peut-être existera-t-il une loi intelligente selon laquelle seules les personnes dépourvues d’aberrations pourront se marier et avoir des enfants ».