Christian de Portzamparc au Collège de France : Leçons d'architecture
25 mai 2006
C’est une œuvre de Christian de Portzamparc qui fut ma première révélation architecturale: il s’agissait des «Hautes Formes», une de ses réalisations de jeunesse déterminante pour sa carrière et les idées qu’il développera. Elles s’élevaient à côté de mon université et j’en voyais le sommet depuis ma salle de cours: quatre fenêtres s’ouvraient sur le ciel, on aurait dit que Salvador Dali était passé par là. Les «Hautes Formes» sont constituées de plusieurs petits immeubles de logements, agencés sur un îlot traversé par une rue et ponctué par une place. Construites à la fin des années 1970, cet îlot s’opposaient aux blocs massifs, tours et barres, représentatifs de l’architecture fonctionnaliste et austère de l’époque.
Aujourd’hui, l’architecte poursuit une belle carrière en Europe, en Asie et en Amérique du Sud et du Nord. Il a notamment construit les logements Nexus à Fukuoka, Japon (1991), la Cité de la Musique à Paris (1995), la tour LVMH à New York (1999), l’Ambassade de France à Berlin (2003) et le Philarmonique du Luxembourg (2005). Ses principaux projets en cours sont la salle de concert de Rio de Janeiro et le plan masse du quartier Logistic Port, d’une surface de 1 km2, à Pékin. Christian de Portzamparc a reçu le Pritzker Prize (la plus reconnue des distinctions en architecture) en 1994. Ce printemps, le Collège de France, grande institution française dédiée à l’enseignement et à la recherche, lui a proposé la chaire de création artistique: l’architecte y dispense onze leçons intitulées «Architectures: figures du monde, figures du temps». Survol des notions abordées:
Densité: «Elle est vécue différemment en fonction des formes architecturales. Un quartier peut être ressenti de façon dense et oppressante, parce que l’agencement des immeubles et leur typologie sont mal aimés. C’est le cas des cités dans les banlieues françaises. Dans un quartier de centre ville, au contraire, où les rues irriguent un tissu urbain rythmé d’immeubles de logements, de commerces, de squares, de cafés, la densité atteint des niveaux élevés sans que les habitants n’en souffrent. Un des rôles de l’architecte est d’affaiblir la sensation de densité dans des environnements très peuplés. Pour cela, les formes architecturales, tout en répondant précisément au programme, doivent être variées d’un immeuble à l’autre, les volumes architecturaux doivent se répondre en un jeu de pleins et de vides. L’absence de répétition (des mêmes formes, matériaux, hauteurs, couleurs…) qui en résulte est la clé d’un environnement attractif, d’une atmosphère vivante. Manhattan est pour moi la ville modèle: dense, haute et architecturalement diverse, elle attire toujours plus…»
Georges Candilis et la rue: «Mon professeur d’architecture, à l’Ecole de Beaux-Arts de Paris, était le grec Georges Candilis. Il prônait le retour de la rue que Le Corbusier et les modernes avaient banni au profit de vastes espaces publics aléatoires.» Portzamparc suit la même voie: «En créant une rue traversant les «Hautes Formes»,
j’ai pu mettre en réseau les différents morceaux de ville, les habitants, les passants. La rue est un espace de rencontre, de convivialité et de liaison. »
Le terrain: «L’architecture est ancrée dans un lieu qui, à notre époque où il n’y a pas de grande doctrine architecturale, peut inspirer la forme du bâtiment, expliquer la démarche créatrice de l’architecte, justifier le choix de certains matériaux. J’aime que mes constructions deviennent des repères dans le paysage urbain.»
Parcours: «L’architecture s’appréhende par le mouvement à travers l’espace. Parfois, le parcours désiré peut venir ordonner le plan du bâtiment et ses formes. Ce parcours est le support de la découverte d’une architecture dans le temps, il est pensé en séquences.»
Comme au cinéma… «Le cinéma dilate le temps ou le réduit. L’architecture fait de même avec l’espace: elle sait jouer avec les perceptions des utilisateurs, leur donner l’impression d’un espace serré ou au contraire d’un espace vaste, indépendamment de l’échelle réelle des espaces, et cela par l’organisation des volumes, le choix des couleurs et des matériaux, le jeu des proportions. Le cinéma est une forme de perception du monde, et comme lui, l’architecture donne à percevoir des espaces, des atmosphères.»
Elisabeth Karolyi
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