On a envie de dire mais pourquoi diable la Cinémathèque française
est-elle allé s’exiler au fin fond du 12ème arrondissement de Paris,
un quartier en développement où nos pas nous mène rarement ?
On regrette les salles vétustes et pleines de souvenirs des Grands
boulevards et de Chaillot, les cafés environnants où l’on allait
prendre des verres, et l’ambiance du Faubourg Saint-Antoine qui
logeait la Bifi (la Bibliothèque du film). On a envie d’en appeler au
mouvement, sain et nécessaire pour aller d’un site à l’autre, et
porteur de nos réflexions cinéphiles, aux petites rues animées, au
vieux Paris qui nous plaît tant… mais on se casse le nez.
On se casse le nez parce que réunies en un même lieu, la cinémathèque
morcelée est plus forte, et associée à la Bifi, ce sont deux
organismes dédiés au cinéma (deux associations privées subventionnées
par l’Etat) qui mettent en commun leurs ressources cinématographiques
précieuses et développent activités pédagogiques, rencontres,
expositions, collections et archives tous supports, si bien que
l’unification ne peut que servir le cinéphile.
Et la cinémathèque n’a pas moins fait que de s’installer dans le
premier et - à ce jour - unique bâtiment de Franck O. Gehry en France.
Gehry est un architecte américain d’origine canadienne né en 1929,
connu pour le musée Guggenheim de Bilbao (www.guggenheim-bilbao.es) en
1997 et un vocabulaire architectural surprenant (redondant?) de
feuilles ondulantes géantes.
Construit en 1988, les 16 000 m2 du 51 rue de Bercy
logeait l’American Center jusqu’en 1997. Ils s’ouvrent sur un large espace vert bordé
par la Seine et font face à la Bibliothèque nationale de France de
l’architecte Dominique Perrault (1997).
La cinémathèque rénovée est majestueuse: le parement imite la pierre
de taille, l’agencement des plaques procure une impression de
rotation, accentuée par la rondeur du modelé. On imagine la maquette à
la genèse du projet: un bouquet de feuilles de papier s’amusant du
critère d’orthogonalité, un jeu de volumes, une petite sculpture.
Bien sûr ce n’est pas le Gehry le plus extraordinaire qui soit, cela
se saurait. Le côté de l’entrée principale (on se réjouit de ne pas
pouvoir l’appeler «façade», tant ce mot renvoie à l’idée d’une paroi
plane alors que nous avons ici des volumes qui avancent et qui
reculent) est le plus vivant tandis que les autres façades (celles-ci
en sont bien par contre) sont incompréhensiblement ennuyeuses. Mais
c’est un premier pas, et on regrette que la leçon n’ait pas été
retenue à Paris: la pierre n’est pas forcément classique ou
ennuyeuse, le bâti s’accommode fort bien d’être un objet posé dans un
tissu urbain différent, il s’accommode de volumes, de formes, de
pleins, de vides, de mouvement, du foisonnement des perspectives.
Mercredi 11 janvier, l’architecte italien Renzo Piano est venu parler
à l’auditorium du Louvre de l’extension du High Museum of Arts à
Atlanta dont il est l’auteur. C’est un homme fin et élégant, il a des
cheveux et une barbe gris-blancs et parle le français avec un délicieux
accent italien.
Renzo Piano nous parle peu du High Museum. Son discours est un rappel
des principaux projets qui jalonnent sa carrière. Arrive alors sur
l’écran l’image du Centre Georges Pompidou qu’il construisit entre 1971
et 1977 avec Richard Rogers : «Ça m’étonne qu’on nous ai laissé faire
ça en plein centre de Paris. Ça ne m’étonne pas qu’on l’ai fait, parce
qu’on était jeune et fou, et j’en suis très fier, mais je ne l’aurais
probablement pas refait aujourd’hui.» L’audience ricane avec Piano;
pas moi. Est-ce une boutade ? Sûrement, mais j’ai l’impression qu’il y
a un fond de vérité dans la boutade... Lire la suite
Lors des rendez-vous de l'architecture 2005, organisés au Palais de la Porte Dorée les 6 et 7 avril derniers, une après-midi a été consacrée à la question posée par Patrick Berger : " les villes se figent, les constructions contemporaines font œuvres d'art : quel avenir ?".
Zaha Hadid , Marc Mimram , Antoine Stinco et Massimiliano Fuksas étaient conviés pour présenter leur travail ; une discussion modérée par un Emmanuel Caille piquant suivait ; comme lui, on a regretté que Zaha Hadid nous ait faussé compagnie avant. Elle a pourtant été applaudie comme une rockstar et inondée d'une pluie de flashes. Elle était souriante et drôle, précise et pédagogue. L'atrium venu l'écouter (ou juste la voir ?) était bondé, une marée d'étudiants assis, debout ou accroupis occupait tribunes, estrade, sol, bas-côtés sans distinction. Déjà on imaginait la presse du lendemain titrer : " Un balcon s'effondre sous le poids des spectateurs venus écouter l'architecte irakienne Zaha Hadid ". L'engouement du public tient-il du besoin, humain, de se trouver des modèles ? Et quand bien même, c'est Zaha qu'il a choisi, alors que la conférence s'attachait à mettre en question l'existence même d'architecture contemporaine dans une ville-musée comme Paris.
Fuksas affirme qu'il ne faut pas construire dans un centre-ville car c'est une des rares zones urbaines qui fonctionnent. Bernard Roth rappelle la trop grosse demande de protection des immeubles parisiens, handicapante et castratrice car empêchant toute initiative créatrice, et il dénonce le poids des riverains avares de changements. Enfin, on évoque le fait que les promoteurs immobiliers ne réfléchissent que dans le court terme et pour satisfaire un goût moyen. Cela amène à la situation dans laquelle est Paris aujourd'hui, une ville moribonde, pardon, musée : au moins tout le monde est d'accord autour de cette table.
Jean-Louis Subileau raconte que la ville était en mouvement dans les années 70, lorsque Belleville, Beaubourg et le 13ème arrondissement rasaient l'habitat insalubre pour du moderne. Le mouvement a été repris sous Mitterrand avec ses grands travaux, mais depuis ?
Bien sûr on trouve des constructions en verre à Paris, mais ma préférée reste celle de Pierre Chareau, rue Saint-Guillaume, construite en 1930, tout simplement parce qu'elle, elle est d'avant-garde. Ce qui est loin d'être le cas de la récente " maison de Solenn " boulevard de Port-Royal, même si elle prend le risque de se placer au milieu d'édifices des siècles passés : c'est du déjà-vu, du classique.
Tout ça pour dire que Zaha Hadid fait encore de l'original, alors profitez-en, élus, puisqu'il paraît que tout dépend de leur volonté. Osez consulter des architectes, sélectionner les projets audacieux, inédits. Le pinceau d'Hadid file plus vite que son ombre, en résultent des constructions qui ne respecteront sûrement pas l'alignement des façades : et alors ? " L'intégration ? Depuis quand l'architecture s'intègre ? Et à quoi ? " s'énerve Jean-Marc Blanchecotte . On est d'accord… et on rappelle la condition sine qua non à l'acceptation publique de l'architecture contemporaine : sa sensibilisation à l'école.
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